Cette seconde curation nous emmène du côté de géographies inattendues. Les guides touristiques sont saturés de "lieux à voir" et autres curiosités. Souvent, les visiteurs/teuses sont invité/e/s à découvrir des lieux par zone géographique ; cette curation vous propose plutôt un regard transverse, par typologies d'objets spaciaux, et autres espèces d'espaces. Vous l'avez compris, cette deuxième curation du digeste est une vraie « list of lists » (listes de listes... mais ce sont les meilleures).

On trouve sur Internet un grand nombre de listes dédiées aux objets architecturaux de la Russie ex-soviétique. On poura ainsi aller à la découverte d'abribus abandonnésou autres spomeniks - ces derniers étant des mémoriaux de la seconde guerre mondiale ressemblant fort à des structures extraterrestres. Du côté des Balkans, la "Tito Fandom" mène à la reconstruction d'une Yougo-topie nostalgique ou grinçante (selon les sensibilités).

Autre contexte culturel et géographique, les thomassons, ces grands inutiles de l'architecture forment un ensemble digne d'intérêt. On nomme ainsi les éléments de l'environnement urbain qui ne possèdent pas de fonction. Fait marquant, ces éléments doivent leur nom de "thomassons" à un joueur de base-ball américain recruté au Japon, et resté éternellement abonné au banc.

Pour les touristes amateurs/trices de sélections hors-cadre, on pensera à la liste des lauréats de la Carbuncle Cup, qui rassemble chaque année une sélection des bâtiments les plus laids.

Cartes à gratter, sites de recensement de destinations... de nombreux/ses touristes valorisent leur approche gloutonne de la visite de pays étrangers. Si certain/e/s affiches une impressionnante collection, ont-ils/elles pensé à visiter des micronations ? Wikipedia en fournit une liste nourrie, et Lonely Planet en a l'objet d'un guide. Certaines nations sont si petites qu'elles sont mobiles, telle Obsidia, fondée par Carolyn Yagjian qui revendique le statut de micronation matriarchale de son petit pays (qui tient dans la main). Les plus misanthropes se tourneront vers les îles abandonnées, décrites et listées dans cet atlas. Son éditeur s'est d'ailleurs fait une spécialité de ces alter-géographies, entre l'Atlas des pays qui n'existent pas et L'Atlas des contrées rêvées. À cette collection pour amateurs d'atlas, on ajoutera le moins connu Atlas des irritations du monde, un vrai ravissement graphique.

Plutôt que leur fréquentation, ce peut être leur situation qui définit des espaces et les rend propices à la visite. Ce site présente ainsi un bref guide des enclaves — ces territoires nationaux entièrement cernés par un autre. Et si vous n'êtes pas au clair sur la différence entre enclave, exclave et pene-enclave, Wikipédia a vos arrières.

Celles et ceux qui apprécient justement les cartes apprécieront celle du site Atlas Obscura, qui permet de naviguer d'une curiosité à l'autre. Elle permet (entre autres) de revenir aux abribus, avec l'abri de Bobby, point d'intérêt des îles du Shetland. On doit plutôt être au calme par là-bas, ce qu'apprécieront les touristes du son (adeptes du sound tourism), qui verront dans le site Sonic Wonders la ressource idéale pour préparer leurs prochains voyages — entre les dunes chantantes de Kelso et l'accoustique unique du mausolée de Gol Gumbaz en Inde.

Dark Tourism, Nuclear tourism, Ghost Tourism... les appelations ne manquent et désignent toutes des coupes thématiques pratiquées dans le grand champ des possibles du visitable (ou du presque visitable, dans les cas les plus borderline). On notera particulièrement le cas du convictourism, dont le gouvernement de Tasmanie fait la promotion, et qui consiste à visiter les prisons locales — surtout quand y ont été emprisonnés ses ancêtres. Et si tous ces possibles vous semblent encore trop peu, on pourra démultiplier le spectre des possibles avec le Video Game Tourism, qui s'attache à découvrir les paysages souvent vus trop rapidement.

Post-curation :